Au Millénaire, le dîner commence par un choix singulier : ne pas tout savoir à l’avance. À Reims, Benjamin Andreux compose des menus à l’aveugle qui placent la saison au centre du repas. Le reportage du 12 septembre suit ce mouvement, de la première bouteille présentée à table aux gestes du passe, jusqu’aux dernières assiettes. Une façon d’approcher la maison par ce qui la fait vivre : les produits, une équipe et le temps du service.
Rue Bertin, une autre échelle de Reims
À quelques pas de la place Royale, l’entrée du Millénaire ouvre une parenthèse plus intime dans la ville. L’enseigne lumineuse surmonte une porte vitrée ; derrière elle, le regard rencontre des matières claires, du bois et des éclairages dessinés comme des traits. L’adresse ne joue pas la reconstitution d’une grande maison classique. Elle s’inscrit dans le présent.
La photographie de la salle en résume le vocabulaire : une table ronde veinée d’or, des fauteuils enveloppants, une paroi de bois rythmée de lames verticales. Quelques fleurs et une petite lampe suffisent à occuper le plateau. Ce décor donne un cadre aux assiettes sans leur disputer l’attention. Le blanc des céramiques, les reflets des verres et la couleur des préparations peuvent alors prendre toute leur place.
Benjamin Andreux, de la Provence à la Champagne
Né à Nancy et élevé aux Baux-de-Provence, Benjamin Andreux commence son apprentissage à l’Oustau de Baumanière auprès de Sylvestre Wahid. Son parcours le conduit ensuite dans plusieurs grandes maisons, auprès de Yannick Alléno, Stéphanie Le Quellec et Daniel Boulud. Deux années à la tête des cuisines de La Briqueterie précèdent son arrivée au Millénaire, en 2023, comme chef de cuisine et associé.
Ce parcours éclaire les deux territoires que le restaurant met aujourd’hui en avant : la Provence de sa jeunesse et la Champagne où il s’est installé. Le lien n’a pas besoin d’être littéral dans chaque assiette. Il tient aussi à une manière de choisir les produits, de regarder les légumes et de laisser évoluer un menu au fil de leurs maturités.
Une étoile Michelin, obtenue en 2025 et conservée dans la sélection 2026, distingue ce chapitre du Millénaire. Elle constitue un repère pour le visiteur, mais ne résume pas le projet. Pour comprendre le chef, il faut revenir à son choix le plus structurant : accepter qu’un repas change avec ce que la saison offre réellement.
Le vin entre dans le récit
À la sommellerie, c’est désormais Adrien Pilliu qui accompagne la maison. La première photographie du dîner s’attarde sur la présentation d’un champagne R. Faivre, Les Reflets du Clocher — Meunier d’Ouverture. Autour de la bouteille, les amuse-bouches composent déjà plusieurs petits paysages de couleurs et de formes. Le vin est introduit à hauteur de table, au plus près de ce qui va être dégusté.
La jeunesse et le dynamisme de l’équipe participent pleinement à l’expérience. Sa convivialité ne reste pas entre les membres de la brigade : elle se ressent aussi à table, dans une atmosphère chaleureuse qui met le convive à l’aise. Cette dimension humaine donne au repas un relief particulier, au-delà des assiettes.
Dans un menu dont on ne connaît pas encore le déroulé, cette présentation a une importance particulière. Elle donne un premier point d’appui : une maison, une cuvée, puis une conversation qui peut s’engager autour du verre. La photographie retient ce moment de transmission plutôt qu’une simple nature morte de bouteille.
Laisser la saison écrire le menu
Le menu à l’aveugle n’est pas seulement une façon de ménager la surprise. Benjamin Andreux l’explique comme un espace de liberté : suivre les produits à leur meilleur moment, sans figer trop longtemps les associations. Cette approche suppose une confiance réciproque. Le convive accepte de ne pas choisir chaque assiette ; la cuisine prend la responsabilité du parcours.
Dans cette première composition, une dentelle dorée se déploie autour d’un centre sombre, ponctué de touches vertes. La suivante élargit le geste : les éléments s’organisent en arc sur une grande assiette blanche, avec des contrastes rouges, pourpres et végétaux. D’une image à l’autre, on retrouve une attention à l’espace laissé libre. Le dressage ne remplit pas l’assiette ; il guide le regard.
Au passe, la cuisine prend corps
Les images prises en cuisine ouvrent un autre chapitre du repas. Sous les lampes du passe, Benjamin Andreux poursuit le dressage à la pince dans une céramique blanche aux contours irréguliers. Le reportage relie ainsi deux réalités souvent séparées : la composition reçue par le convive et les gestes qui l’ont précédée.
Dans un entretien accordé en 2023 à Fine Dining Lovers, Benjamin Andreux souligne l’importance des sauces et de l’enseignement reçu auprès de Yannick Alléno. Cette attention aux liaisons, aux concentrations et à la construction du goût permet de lire son travail au-delà du seul dessin de l’assiette. La technique y constitue un outil de composition, et non un sujet autonome.
La céramique vue au passe réapparaît à table : son centre rouge est désormais entouré d’une préparation mousseuse. Ce raccord entre les photographies donne une continuité concrète au récit. On passe du geste minutieux à l’ensemble achevé, puis à la place qu’il occupe devant le verre.
Les derniers gestes, jusqu’au dessert
Le service ne s’arrête pas toujours lorsque l’assiette est posée. Une autre image saisit un filet d’huile versé au centre d’un décor végétal. Le geste déplace pour un instant la finition du passe vers la table. La main, le flacon et la préparation partagent le même cadre : le repas reste une action, pas seulement une succession d’objets photographiés.
Quentin Weibel, le chapitre sucré
La pâtisserie de la maison est confiée à Quentin Weibel. Son portrait en cuisine donne un visage à ce dernier chapitre du repas, avant que le récit ne revienne à l’assiette.
Le dernier dessert photographié adopte les contours d’une fève, traversée d’une ligne claire, avec un motif assorti posé dans le blanc de l’assiette. Après les volumes ouverts et les sauces des séquences précédentes, cette silhouette ramassée apporte une conclusion visuelle plus graphique.
Une maison à regarder dans son ensemble
Ce reportage montre davantage qu’une série d’assiettes : une bouteille expliquée, un échange au passe, une finition à table, un décor qui laisse respirer le regard. Le projet du Millénaire se lit dans cette continuité entre cuisine et salle. À Reims, Benjamin Andreux défend une table dont la direction est précise, tout en conservant au menu la possibilité de bouger. C’est cette liberté organisée qui mérite que l’on s’y attarde.
Le carnet Gastrognito
Le Millénaire — 4–6, rue Bertin, 51100 Reims, France. Chef de cuisine et associé : Benjamin Andreux. Chef pâtissier : Quentin Weibel. Sommellerie : Adrien Pilliu. Une étoile Michelin dans la sélection 2026. Les menus évoluent ; consulter le site officiel pour les propositions et les modalités de réservation.






