Le 3 septembre 2026, l’Hôtel Plaza Athénée a ouvert son restaurant gastronomique sous un nouveau nom : La Grande Table du Plaza Athénée. Le changement dépasse l’enseigne. À l’heure où la haute gastronomie interroge ses prix, ses rituels et son public, le palace parisien place les recettes patrimoniales, les préparations en salle et l’hospitalité formelle au centre de l’expérience.
Le restaurant succède à l’adresse qui portait le nom de Jean Imbert, mais sa nouvelle identité se veut résolument collective. Le chef exécutif Jocelyn Herland, le chef Anthony Di Prospero, le chef pâtissier Angelo Musa et le directeur de restaurant Denis Courtiade sont désormais mis en avant ensemble. La proposition est nette, mais les seuls contenus de lancement ne permettent pas encore d’en juger la réussite. Il s’agit ici d’un article d’actualité sur l’ouverture, pas d’une critique de l’expérience à table.
Un nouveau nom, toute l’équipe au premier plan
L’ouverture du 3 septembre remplace Jean Imbert au Plaza Athénée par un nom rattaché à la maison plutôt qu’à une personnalité. Le Chef confirme que Herland intervient comme chef exécutif, Di Prospero dirige les cuisines, Musa supervise la pâtisserie et Courtiade reste aux commandes de la salle. Les contenus actuels de l’hôtel citent aussi le chef pâtissier Damien Gibault et le maître sommelier Laurent Roucayrol, tandis que le menu place le service sous la direction de Courtiade et d’Anna Crupano. La relance présente ainsi la continuité de ces métiers comme une part de l’écriture du restaurant.
Le service est prévu au dîner du mardi au samedi, le déjeuner du samedi constituant la seule ouverture à midi. Le Guide Michelin en ligne a déjà actualisé sa fiche au nom de La Grande Table du Plaza Athénée et la maintient parmi les restaurants une étoile de Paris. Cette continuité demande de la précision : la nouvelle identité a ouvert après le dernier cycle du guide et n’a pas reçu de nouvelle distinction depuis le 3 septembre. L’étoile donne un contexte ; elle ne constitue pas un nouveau verdict sur un restaurant ouvert depuis quelques jours.
Un menu composé comme une leçon d’histoire
Le menu de lancement expose clairement son parti pris historique. Les Agapes, en six actes à 295 €, enchaînent le Potage Escoffier, le pâté en croûte, un crustacé, puis un choix comprenant notamment le turbot à la Dieppoise, le bar au sabayon de vin jaune, le veau rôti ou le pigeon aux fruits noirs. Le service des légumes à la française, le fromage et le Grand Dessert Belle Époque complètent la séquence. Une expérience végétale, Les Quatre Saisons, est affichée à 275 €.
Le samedi midi, un menu plus court à 190 € comprend une coupe de champagne, les eaux minérales et une boisson chaude. Il s’agit des prix publiés par l’hôtel pour septembre 2026, pas d’une estimation. La carte rattache ses plats à Carême, Gouffé et Escoffier et indique que certaines recettes sources remontent à 250 ans. Ces filiations historiques relèvent du récit du restaurant ; le fait vérifiable est que le nouveau menu emploie les noms et les formes classiques comme matière première, pas comme allusions discrètes.
La salle fait partie de la démonstration
Les images officielles ci-dessous montrent la salle de Rémi Tessier dans sa continuité, de l’ancienne identité Jean Imbert à La Grande Table. Deux figurent aussi sur la page actuelle du restaurant publiée par le palace ; la vue rapprochée de la table centrale est une image d’archive, présentée ici comme telle.
La cuisine ne représente que la moitié de la proposition annoncée. Selon le palace, la salle imaginée par Rémi Tessier déploie 20 000 feuilles d’or autour d’une longue table en marbre rose de Breccia. Flambages et découpes sont exécutés devant les convives. Denis Courtiade, présent dans la maison depuis plus de vingt ans, n’est pas seulement présenté comme celui qui gère le service, mais comme le chef d’orchestre d’une suite visible de gestes.
La même logique gagne la cave et le dessert. Laurent Roucayrol compose les accords à partir d’une cave que l’hôtel annonce riche de plus de 40 000 flacons, tandis qu’Angelo Musa et Damien Gibault terminent le repas par un dessert Belle Époque inspiré des classiques français et de la saison. Rien n’emprunte ici le langage visuel du comptoir gastronomique dépouillé. La Grande Table traite la salle, l’argenterie, la chorégraphie et les métiers spécialisés comme des contenus culinaires à part entière.
Une relance, pas un restaurant entièrement nouveau
Le changement ne doit pas être exagéré. Il s’agit du restaurant gastronomique d’un palace en activité, installé dans une salle existante signée Rémi Tessier, avec plusieurs membres établis de l’équipe de la maison. La nouveauté tient au nom, au programme patrimonial déclaré par la carte et au choix d’attribuer l’expérience à un collectif. Parler d’un restaurant totalement neuf effacerait cette continuité ; réduire l’opération à un changement de nom manquerait le repositionnement.
C’est précisément cet entre-deux qui rend l’ouverture pertinente au-delà de l’avenue Montaigne. Beaucoup de restaurants de luxe allègent aujourd’hui le cérémonial pour rechercher plus de décontraction. Le Plaza Athénée teste l’idée inverse : le rituel peut paraître contemporain si les convives en comprennent la fonction et si le service devient participation plutôt qu’intimidation. Le discours officiel promet joie et surprise. Le rythme, la chaleur et la précision du service décideront si les convives les ressentent réellement ; un communiqué de lancement ne peut pas le démontrer.
Ailleurs dans le même palace, La Cour Jardin propose un tout autre décor saisonnier. Gastrognito l’a découverte en octobre 2025 ; cette archive ne montre pas La Grande Table, mais prolonge le portrait de la maison.
Deux diagnostics opposés sur la haute gastronomie
Le calendrier offre à la relance un contrepoint inattendu. Quatre jours après l’ouverture de La Grande Table, Bruno Verjus a annoncé que Table fermerait le 22 décembre, en déclarant que « le fine dining est mort » et en promettant une autre manière de partager sa cuisine. Ces deux événements ne prouvent pas qu’un modèle chasse l’autre. Ils montrent combien les grandes tables définissent différemment le problème : l’une remet en cause l’exclusivité en quittant son format actuel ; l’autre intensifie le grand dîner et demande au cérémonial de se justifier à nouveau.
Pour le Plaza Athénée, le prix reste la limite la plus évidente à tout discours général sur l’accessibilité. Le dîner à 295 € représente un achat d’exception pour la plupart des convives, avant même les boissons ou suppléments. L’ambition la plus défendable est culturelle : rendre le service français classique lisible, animé et digne d’attention plutôt que simplement déférent. Ni le taux de remplissage, ni la réaction des clients, ni une future évaluation du guide ne sont encore disponibles. Pour l’instant, La Grande Table formule un pari précis, que Paris peut enfin éprouver en service.






