Dans l’ancienne salle des guichets de FRANQ, les colonnes encadrent désormais des canapés turquoise et un échiquier. Ouvert en 2017 au Kipdorp, ce boutique-hôtel de trente-neuf chambres conserve les proportions d’une institution bancaire, mais leur donne une destination plus intime. Le décor laisse apparaître l’histoire du bâtiment tout en accueillant le mobilier d’aujourd’hui. Dans une ville où le commerce, l’art et la mode se rencontrent, cette transformation fournit un fil singulier pour découvrir Anvers.
Deux demeures, une banque, un hôtel
L’histoire de FRANQ commence avant celle de la banque. L’ensemble réunit deux demeures dessinées par Heliodore Leclef au milieu du XIXe siècle : la maison Waterkeyn-Daems, construite en 1854 dans un vocabulaire Louis-Philippe, et l’hôtel particulier Van Praet, élevé en 1857 dans un style néoclassique. La façade claire, son ordonnance et ses détails conservent cette mémoire bourgeoise. Le signe FRANQ Hotel Restaurant annonce désormais le nouvel usage d’une architecture pensée pour représenter la réussite de ses propriétaires.
En 1911, l’architecte Emile Vereecken réunit et agrandit les deux propriétés pour le Crédit National Industriel. De cette intervention datent le vestibule, l’escalier de marbre à rampe en fer forgé et la grande salle des guichets, haute de deux niveaux, rythmée par des colonnes et éclairée par le haut. Le décor Beaux-Arts donnait une forme visible à la solidité de l’institution. Ces proportions accueillent aujourd’hui les usages plus quotidiens d’un hôtel ouvert en 2017.
Le nom FRANQ conserve un clin d’œil au franc belge. Au sous-sol, les anciens coffres ont trouvé une seconde fonction en devenant une cave à vins. L’identité de l’hôtel repose ainsi sur des éléments du bâtiment qui ont réellement traversé sa transformation : la grande salle, l’escalier et ces espaces autrefois réservés à la banque.
Le grand salon anversois
Le lobby concentre cette rencontre entre les époques. Les moulures blanches, les colonnes, les arcs et les surfaces de marbre composent un cadre ample, auquel répond un mobilier aux lignes plus basses. Des canapés turquoise occupent l’espace entre les colonnes ; les lampes rapprochent l’éclairage des assises et les tables donnent une place aux petits objets. La symétrie du bâtiment reste lisible, tout en laissant apparaître plusieurs endroits où s’installer.
Un échiquier posé au centre d’une table et des tabourets au motif léopard ajoutent au salon des détails moins cérémoniels. Ils introduisent le jeu, la couleur et une certaine liberté dans les associations. Cette manière d’habiter un décor ancien convient à Anvers, où les intérieurs ont souvent autant à dire que les façades. Ici, la personnalité du lieu se construit dans la relation entre l’architecture héritée et les objets choisis pour l’accompagner.
Plus loin, le bois du bar, les tabourets noirs et les suspensions dorées donnent une autre échelle aux espaces communs. Un petit salon réunit un fauteuil bordeaux, des livres et un miroir. Ces pièces plus contenues complètent le grand volume d’entrée et permettent au séjour de trouver plusieurs rythmes : un rendez-vous autour d’un verre, du temps avec un livre ou une pause entre deux sorties en ville.
La cour prolonge cette variété. Ses pavés, son puits et ses murs de brique mettent en présence des matériaux d’une autre époque. À l’arrière se trouve Den Doorenboom, une maison reconstruite en 1629 et conservée au sein de l’ensemble. Sa présence rappelle qu’un îlot anversois peut contenir plusieurs histoires derrière une seule entrée. Le séjour trouve ainsi une dimension extérieure à l’intérieur même du bâtiment.
Des chambres à l’échelle du séjour
À l’étage, le contraste avec le grand hall se joue dans des détails plus simples. Un mur vert accompagne le blanc du lit, tandis qu’un fauteuil orange donne au décor son accent le plus vif. Le mobilier reste discret : la couleur suffit à affirmer la personnalité de cette chambre. Après les colonnes, les moulures et le marbre des salons, cette composition plus intime marque le passage à l’espace privé.
Les trente-neuf chambres demandent néanmoins de choisir sa catégorie avec attention. Les Cosy occupent 17 à 18 m², les Deluxe 25 à 30 m², et les suites s’échelonnent de 33 à 40 m². Les premières conviennent à un programme largement tourné vers la ville ; les catégories supérieures offrent davantage de place à ceux qui souhaitent aussi passer du temps dans leur chambre. La surface constitue ici un repère plus utile que la seule impression donnée par les espaces communs.
Les Junior Suites et Luxury Suites disposent d’un coin salon ainsi que d’une baignoire et d’une douche à effet pluie. Les lits king-size, longs de 210 centimètres, font partie des constantes annoncées par l’hôtel. Dans un bâtiment reconverti, la configuration compte autant que le décor : regarder la catégorie choisie permet de préciser la place que la chambre occupera dans le séjour, entre point de retour et espace où s’attarder.
Une table ancrée dans un répertoire belge
Le restaurant possède son propre registre visuel. Les tables dressées et le décor mural aux toucans installent une salle où les motifs tropicaux côtoient les codes d’une salle à manger classique. Ce mélange fait écho à celui des salons, avec une présence plus affirmée de l’image et de la couleur. La restauration s’inscrit dans le parcours de l’hôtel, tout en donnant une raison distincte de s’arrêter à l’adresse.
La carte publiée en 2026 s’appuie sur un vocabulaire belge et européen reconnaissable : croquettes de crevettes, anguille de l’Escaut oriental, vol-au-vent de poulet fermier et sole de la mer du Nord. L’entrecôte maturée et la dame blanche complètent ce répertoire. Ces références replacent la table dans une tradition où les poissons, les sauces et les préparations de brasserie ont toute leur place, avec une offre à la carte qui permet de composer librement son repas.
Le restaurant ouvre du mercredi au samedi, au déjeuner et au dîner. Le bar accompagne la vie des espaces communs avec des cocktails classiques et une sélection de champagnes.
Anvers, du patrimoine à la mode
L’emplacement de FRANQ donne accès à plusieurs visages d’Anvers. Le Meir et la cathédrale Notre-Dame sont proches, ce qui permet d’associer le mouvement commercial et le centre historique au fil d’une promenade. Le Kipdorp constitue aussi un point de départ pour choisir des visites plus personnelles. Le séjour se construit alors dans les allers-retours entre l’hôtel et une ville dont le patrimoine invite régulièrement à passer une porte.
Dans la Keizerstraat voisine, le Snijders&Rockoxhuis offre un prolongement particulièrement pertinent. Le musée réunit les demeures du bourgmestre Nicolaas Rockox et du peintre Frans Snijders, deux figures de l’Anvers du XVIIe siècle. Les maisons et leurs collections mettent en relation l’art, le goût de collectionner et la vie sociale de la ville. Après les volumes bancaires de FRANQ, cette visite ouvre une autre perspective sur les intérieurs anversois et sur les ambitions de ceux qui les habitaient.
La mode apporte un autre fil à la découverte. Jusqu’au 17 janvier 2027, le MoMu consacre l’exposition The Antwerp Six aux six créateurs qui ont connu leur percée internationale au British Designer Show de Londres en 1986. Quarante ans après ce moment, leurs trajectoires rappellent combien Anvers a compté dans la construction d’un langage contemporain du vêtement. Pour un voyage placé sous le signe du design, cette visite donne un contexte plus large au goût de la ville pour les formes et l’expérimentation.
C’est dans le contraste entre ses espaces que FRANQ est le plus convaincant : la hauteur d’une ancienne salle bancaire, puis le salon, la chambre et la cour, chacun à une autre échelle. Pour un séjour consacré aux musées, aux boutiques et aux tables d’Anvers, l’adresse offre un point de départ central et un décor qui mérite lui aussi un peu de temps. La catégorie de chambre se choisira selon la place que l’on souhaite laisser à l’hôtel dans son programme ; le bâtiment, lui, donne déjà au séjour une histoire.
Notre Reel Instagram prolonge ce portrait avec les images de FRANQ, de ses volumes historiques aux détails de ses espaces de vie.
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