À quelques pas de l’effervescence des Grands Boulevards, la place Boieldieu change immédiatement le tempo. Au 5, rue de Marivaux, La Maison Favart contemple l’Opéra-Comique comme un voisin de toujours. On vient d’abord pour ce décor parisien presque théâtral ; on reste pour ce que l’adresse parvient à créer derrière sa façade : du silence, de l’intimité et la sensation d’entrer dans une maison habitée par sa propre histoire.
Lors d’une récente visite éditoriale, Gastrognito a eu la chance de découvrir l’une des premières parties révélées par la transformation actuellement menée au sein de l’hôtel. Ce que nous avons aperçu ne recherche pas la rupture. La Maison Favart semble plutôt écrire la suite de son histoire dans le même langage : théâtral, délicat et enveloppant, mais rendu plus contemporain dans son exécution. Et surtout, le rideau n’est pas encore totalement levé.
Aux premières loges de l’histoire parisienne
L’adresse revendique une tradition hôtelière remontant à 1824, tandis que La Maison Favart telle qu’on la connaît aujourd’hui a été dévoilée en 2012. Son univers puise son inspiration dans l’histoire de Charles-Simon Favart et de Marie-Justine Du Ronceray, dite Justine Favart, couple incontournable de l’histoire de l’Opéra-Comique.
Auteur, librettiste et directeur de théâtre, Charles-Simon Favart contribua à populariser le genre. Justine Favart, actrice, chanteuse, danseuse et autrice, transforma quant à elle la manière d’incarner les personnages sur scène, notamment par une approche plus naturelle du jeu et des costumes. La Salle Favart, qui abrite aujourd’hui l’Opéra-Comique juste en face de l’hôtel, porte toujours leur nom.
La décoration de la maison prolonge cette mémoire sans se transformer en décor de musée. Les références au XVIIIe siècle, les étoffes, les jeux de miroirs, les nuances poudrées et les détails précieux composent une atmosphère de boudoir parisien, enrichie par une lecture contemporaine du confort. Les façades et les toitures des numéros 1 à 7 de la rue de Marivaux appartiennent par ailleurs à un ensemble inscrit au titre des monuments historiques depuis 1975, donnant à cette transformation un contexte particulièrement délicat.
Une rénovation pensée en plusieurs actes
La transformation en cours ne se limite pas à un rafraîchissement esthétique. Les autorisations d’urbanisme publiques font apparaître une véritable extension de l’hôtel vers le numéro 7 de la rue de Marivaux, avec la conversion d’anciens espaces de bureaux en surfaces hôtelières et la réorganisation de certains volumes, installations techniques et circulations.
Le chantier avance ainsi par étapes, permettant à la maison de se réinventer sans effacer ce qui faisait déjà son identité. La présentation officielle mentionne actuellement 39 chambres et suites réparties sur six étages. Lors de notre visite, il nous a été indiqué qu’une autre partie de l’établissement devrait encore être dévoilée, avec de nouvelles chambres conçues à un niveau d’ambition encore supérieur.
Ni leur nombre définitif ni leur calendrier précis n’ont encore été officiellement communiqués. Cette part d’inconnu convient finalement assez bien à La Maison Favart : ici, les nouveautés semblent préférer l’élégance d’une révélation progressive à la brutalité d’un grand dévoilement.
L’hospitalité à l’échelle d’une maison
La Maison Favart appartient à cette catégorie d’hôtels parisiens qui privilégient la personnalité plutôt que la multiplication des effets. Les chambres Classiques et Deluxe côtoient différentes suites et suites familiales, avec des perspectives qui varient entre la rue, la cour intérieure, les toits de Paris et, pour certaines, l’Opéra-Comique.
L’expérience se poursuit dans les espaces communs. Une bibliothèque avec cheminée invite à ralentir. Un goûter est proposé dans l’après-midi, tandis que l’Honesty Bar permet aux hôtes de prolonger la soirée dans une atmosphère plus personnelle qu’institutionnelle. Le room service et la conciergerie disponible vingt-quatre heures sur vingt-quatre complètent cette hospitalité discrète.
Ce sont précisément ces gestes qui donnent à la maison sa cohérence. Rien ne paraît surdimensionné ; tout semble conçu pour préserver la sensation d’une adresse confidentielle, à distance du rythme parfois impersonnel des grands établissements.
Une parenthèse confidentielle sous Paris
Sous l’hôtel, l’espace bien-être offre un contraste inattendu avec les rues animées du deuxième arrondissement. Le bassin de relaxation, équipé de jets hydromassants et d’une cascade, est accompagné d’un sauna, d’un lit d’hydromassage et d’un espace de fitness compact.
La Maison Favart ne cherche pas à reproduire les dimensions d’un spa de resort. Elle propose plutôt une parenthèse silencieuse et presque secrète, dont l’échelle intime correspond parfaitement au reste de l’hôtel.
Lignée, ou l’art de relier des maisons singulières
La Maison Favart fait partie de Lignée Hôtels & Domaine, une collection française qui rassemble plusieurs adresses à l’identité affirmée. Elle côtoie notamment Le Narcisse Blanc Hôtel & Spa et son restaurant Cléo à Paris, YNDO à Bordeaux, le Domaine de la Soucherie en Anjou ainsi que le Grand Hotel Bellevue à Londres. Plus qu’une esthétique commune, ces maisons partagent une taille humaine, une histoire forte et un rapport particulièrement attentif à la gastronomie.
Cette ambition s’exprime notamment chez Cléo, dont les cuisines ont récemment été confiées au chef Alexandre Semperé. Passé par les maisons de Christian Constant, le Plaza Athénée auprès d’Alain Ducasse puis Les Ombres, le chef développe une cuisine contemporaine, précise et sensible, attentive aux végétaux comme aux produits de la mer.
Le prochain chapitre restera secret — pour le moment
À La Maison Favart aussi, quelque chose de gourmand se prépare en coulisses. Nous pourrions en dire davantage, mais ce serait retirer une partie du plaisir à cette adresse qui semble aimer les entrées en scène soigneusement orchestrées. Disons simplement que de nouvelles surprises viendront prochainement enrichir la maison. Pour le moment, le rideau restera fermé.
Ce que Gastrognito a déjà découvert suffit néanmoins à comprendre la direction empruntée. La Maison Favart ne cherche pas à devenir une autre adresse. Elle affine son caractère, agrandit son univers et prépare les conditions de son prochain acte. Dans une ville où les hôtels se réinventent parfois au risque de perdre leur mémoire, cette continuité constitue probablement son luxe le plus précieux.
LA MAISON FAVART — LE CARNET GASTROGNITO
Adresse
5, rue de Marivaux, 75002 Paris, France
Pourquoi y séjourner
Pour son emplacement face à l’Opéra-Comique, son atmosphère intimiste et sa vision très parisienne de l’hospitalité.
À ne pas manquer
La bibliothèque, le goûter de l’après-midi et l’espace bien-être dissimulé sous l’hôtel.
Ce qui évolue
Une extension réalisée en plusieurs phases, avec de nouveaux espaces et une autre partie de l’hôtel encore à découvrir.
Reconnaissance
Un hôtel quatre étoiles et un établissement labellisé Clef Verte en 2025 et 2026.
Le verdict Gastrognito
Une maison en mouvement qui réussit à moderniser son décor sans altérer son âme.






