Les réouvertures gastronomiques se racontent souvent comme des ruptures. Le Chalet de la Forêt choisit une voie plus délicate : conserver le chef, les équipes, les producteurs historiques et les plats signatures tout en changeant le contrat proposé aux convives. Le 28 août, le restaurant bruxellois de Pascal Devalkeneer a annoncé un intérieur repensé, un répertoire élargi et une hospitalité moins cérémonielle avant sa réouverture officielle du 15 septembre 2026.

La proposition n’est pas de rendre cette table doublement étoilée moins ambitieuse. Elle consiste à rendre cette ambition moins dépendante d’une grande occasion. La nuance est importante : l’informalité peut rendre la haute gastronomie culturellement plus accessible sans la rendre nécessairement plus abordable.

La continuité plutôt que la remise à zéro

Pascal Devalkeneer dirige Le Chalet de la Forêt depuis vingt-sept ans. Le communiqué de relance indique que le restaurant détient deux étoiles Michelin depuis quatorze années consécutives ; la fiche en ligne actuelle du Guide Michelin le maintient à ce niveau. L’entrée belge actuelle de Gault&Millau lui attribue 17,5 sur 20. Ces distinctions expliquent l’importance de la transformation : une institution établie modifie les codes par lesquels elle exprime l’excellence, sans fabriquer une nouvelle identité de toutes pièces.

Plusieurs fondations sont explicitement conservées. Les producteurs historiques poursuivent leur collaboration, les équipes de cuisine et de salle restent en place et Simon Boyer revient aux côtés de Devalkeneer. Le tartare d’huîtres au caviar, les noix de Saint-Jacques au salsifis et à la truffe noire ainsi que le homard breton grillé doivent également rester à la carte. Il s’agit d’éléments annoncés par l’établissement pour septembre ; leur exécution ne pourra être évaluée qu’après la réouverture.

© Greg Funnell, 2012 — Source : site officiel du Chalet de la Forêt

Ce qui change le 15 septembre

L’intérieur a été entièrement repensé par les architectes François Marcq et Nelly Smets, avec une direction artistique de Pili Collado. Le projet annoncé ajoute une orangerie conçue comme une terrasse intérieure, un bar destiné à prolonger la soirée au-delà du repas et une table du chef proche de la cuisine. Une œuvre en céramique de Feipel & Bechameil doit entourer la cheminée centrale du bar. Aucun budget de chantier ni nouvelle capacité n’ont été communiqués : l’ampleur de l’investissement ne peut donc pas être déduite du seul descriptif décoratif.

Le récit des matières possède un ancrage local inhabituel. Selon l’annonce du restaurant, les boiseries en hêtre sur mesure ont été réalisées par Sonian à partir d’arbres provenant de la forêt de Soignes voisine. Ce détail relie le nouvel intérieur au lieu au-delà d’une simple évocation végétale. Il fournira aussi un critère concret pour observer les espaces terminés : cet artisanat local s’y lira-t-il comme une architecture intégrée ou comme un simple signe de marque ?

Source : communiqué du Chalet de la Forêt via Club Paradis

La simplicité devient visible

Le changement le plus révélateur tient peut-être à la coexistence de produits associés au luxe et de plats volontairement directs. Le répertoire annoncé rapproche les signatures d’un risotto, de linguine au citron et de haricots longuement mijotés. Cela ne signifie ni que la cuisine devient simple à produire, ni que le restaurant abandonne la technique. C’est la manière dont la brigade veut rendre la complexité visible dans l’assiette qui évolue.

Ce déplacement rejoint un mouvement plus large de la haute gastronomie européenne : moins de rituels apparents, des formes plus reconnaissables et un langage de générosité plutôt que de déférence. Mais le matériau disponible reste un discours de lancement. Tant que la nouvelle carte n’est pas servie, il ne permet pas d’établir si cette simplicité apparente produit un repas plus détendu ou seulement une autre esthétique.

De la grande occasion à la visite répétée

L’ambition la plus nette de Devalkeneer concerne le comportement des convives. Le restaurant souhaite devenir une adresse que l’on choisit pour un déjeuner improvisé un mardi aussi bien que pour célébrer une étape importante. La salle, le bar, la carte et les vins doivent donc réduire la distance psychologique qui entoure une grande table. Le sommelier Jeno Del Turco élargit aussi la cave avec des sélections présentées comme plus accessibles, sans renoncer à sa profondeur.

Le mot « accessible » exige ici une définition précise. Un accueil plus chaleureux, des plats reconnaissables et un éventail de vins plus large peuvent rendre le restaurant culturellement plus facile à aborder. Aucun élément publié ne démontre une baisse de la dépense globale, et les prix de la nouvelle carte n’étaient pas publics lors de la préparation de cet article. La fréquence est une ambition ; l’accessibilité économique n’est pas encore un fait établi.

L’épreuve commence après la révélation

Les articles d’Eating.be et de L’Officiel Belgium confirment le calendrier du 15 septembre et les thèmes centraux de continuité, de cuisine plus libre et de restaurant moins lié aux grandes occasions. Leurs récits restent toutefois proches du discours de lancement. Les preuves les plus utiles viendront une fois la maison en activité : l’usage réel du bar et de l’orangerie, la cohabitation entre assiettes directes et signatures, puis l’éventuelle installation d’un rythme de visites répétées.

Pour l’heure, Le Chalet de la Forêt offre une étude de cas précise sur la manière dont une table reconnue peut évoluer sans renier son passé. La relance ne promet pas une révolution. Elle pose une question plus subtile : une institution doublement étoilée peut-elle assouplir la cérémonie qui entoure l’excellence sans émousser les standards qui ont construit son statut ? À partir du 15 septembre, Bruxelles pourra juger la réponse dans les faits.