Le transfert le plus intrigant de l’été anderlechtois ne s’est pas joué sur la pelouse. Il s’est conclu en cuisine. Depuis le 27 août 2026, la table la plus emblématique du Lotto Park porte un nouveau nom et une nouvelle ambition : Saint Guidon by Sir Kwinten.

Le chef Glenn Verhasselt et le sommelier Yanick Dehandschutter prennent désormais les commandes du restaurant, succédant à Yves Mattagne après trois saisons. Leur premier service coïncidait avec la rencontre européenne entre Anderlecht et le Kairat Almaty. Gastrognito était présent pour découvrir un passage de témoin dont la portée dépasse largement le changement de menu ou d’équipe en cuisine.

Le Lotto Park ne recrute pas uniquement un chef. Il accueille un tandem, une identité et l’une des trajectoires les plus observées de la gastronomie belge.

Une succession bâtie sur une ambition existante

Le départ d’Yves Mattagne ne doit pas effacer le travail entrepris depuis 2023. Le chef bruxellois avait contribué à installer une véritable proposition gastronomique dans le stade à travers Saint Guidon et la Table du Chef. Sous sa direction, le dîner n’était plus considéré comme un simple prélude pratique au match ; il devenait l’un des événements de la soirée.

Verhasselt et Dehandschutter héritent donc d’une table reconnue, dotée d’un public et soumise à un cadre opérationnel particulièrement exigeant. Leur mission n’est pas de fabriquer du prestige à partir de rien. Elle consiste à traduire l’univers de Sir Kwinten dans un lieu gouverné par le rythme, l’émotion et la ponctualité du football.

© Photo éditoriale — Gastrognito / A.L.

Deux étoiles Michelin entrent dans le stade

Glenn Verhasselt et Yanick Dehandschutter forment une seule unité créative. Le premier construit l’assiette ; le second en prolonge le sens dans le verre. Sir Kwinten a décroché sa deuxième étoile Michelin en 2024, année où le guide avait souligné le dialogue exceptionnel entre la cuisine du chef et les accords du sommelier. La maison affiche également 17,5 sur 20 chez Gault&Millau.

Leur palmarès individuel renforce cette réputation commune. Verhasselt a été désigné Chef de l’Année 2025 par Gault&Millau, tandis que Dehandschutter avait reçu le titre de Sommelier de l’Année en 2019. Son travail dépasse les codes prévisibles d’une carte des vins classique : gueuzes, sakés, cuvées rares et vins du domaine Dappersveld peuvent entrer dans le récit.

Cette complémentarité constitue la véritable signature de Sir Kwinten. Saint Guidon ne sera pas seulement le restaurant de Glenn Verhasselt au Lotto Park. Il devient une nouvelle scène pour le duo.

Une haute gastronomie réglée sur l’horloge du match

Un restaurant de stade obéit à des règles rarement rencontrées par une table gastronomique classique. Saint Guidon peut recevoir environ 120 convives. Les soirs de rencontre, une expérience en quatre services doit se déployer dans une fenêtre proche de deux heures, avant que le public ne rejoigne les tribunes. Un menu différent est prévu pour chaque match à domicile.

La pression est structurelle, pas théâtrale : préserver la précision attendue d’une équipe doublement étoilée tout en travaillant dans une soirée rythmée par les arrivées, le coup d’envoi et la tension collective du match. Le défi consistera à faire en sorte que la vitesse ne ressemble jamais à de la précipitation et que l’environnement footballistique nourrisse le dîner au lieu de l’écraser.

Source : RSC Anderlecht

Une première soirée chargée de symboles

La présence de Marc Coucke lors du lancement avait du poids. L’actionnaire principal du RSC Anderlecht participait à cette première soirée aux côtés des équipes du club, du restaurant et de leurs invités, soulignant la place qu’occupe l’hospitalité dans l’expérience globale du Lotto Park.

Le RSC Anderlecht exploite sept concepts de restauration et reçoit un public d’affaires important les jours de match. Confier sa table la plus emblématique à un duo doublement étoilé n’est donc pas un partenariat décoratif. Il s’agit d’un choix de positionnement sur la manière dont un club historique décide de recevoir.

© Photo éditoriale — Gastrognito / A.L.

La question de la troisième étoile

Une question accompagne désormais presque chaque développement important de Sir Kwinten : Verhasselt et Dehandschutter peuvent-ils un jour atteindre trois étoiles Michelin ? Le tandem est régulièrement cité parmi les équipes belges capables d’y parvenir. Cette lecture reflète leur dynamique, mais elle reste une analyse et non une annonce du Guide Michelin.

Verhasselt lui-même conserve une position mesurée. Une troisième étoile ne se programme pas, et Saint Guidon n’a pas vocation à reproduire le restaurant de Lennik. Le stade impose un autre décor, un autre public et un autre tempo. Il pourrait néanmoins devenir un laboratoire passionnant : un lieu où vérifier si une identité culinaire précise peut résister — et même gagner en énergie — dans l’un des environnements les plus codifiés de l’hospitalité.

Source : Sir Kwinten

Quand la gastronomie rencontre la ferveur anderlechtoise

Verhasselt et Dehandschutter ne découvrent pas une culture sportive étrangère. Tous deux sont présentés comme des supporters de longue date d’Anderlecht. Ce lien compte. Un restaurant installé dans un stade ne peut pas ignorer les chants, l’attente et la tension qui l’entourent ; ces sensations doivent entrer dans l’expérience sans en compromettre la précision.

Saint Guidon by Sir Kwinten réunit désormais plusieurs éléments rarement alignés avec autant d’ambition : un club historique, un stade chargé d’émotion, un langage culinaire doublement étoilé et un tandem qui regarde vers les plus hauts sommets de la gastronomie belge.

La succession d’Yves Mattagne donne naissance à un projet doté d’une véritable cohérence. Glenn Verhasselt apporte sa cuisine ; Yanick Dehandschutter, un langage des accords d’une rare amplitude ; le Lotto Park, une scène que peu de restaurants peuvent offrir. Le transfert est officiel. Le match gastronomique ne fait que commencer.

Transparence éditoriale : Gastrognito a assisté au lancement de Saint Guidon by Sir Kwinten dans le cadre d’une collaboration éditoriale. Cette invitation n’a déterminé ni le contenu ni les conclusions de cet article.