Sur les hauteurs de Cogolin, La Chêneraie tient son nom des bois de chênes qui entourent les vignes. C'est une origine bien plus concrète que ne le laisse supposer le Clos de la Lune, nom adopté pour certaines cuvées au début des années 2000 en référence aux nuits provençales. Les deux noms ne désignent pourtant pas deux domaines : ils relient une propriété, son paysage et les bouteilles qui en sont issues à des moments différents de son histoire. Le millésime 2025, désormais décliné en blanc, rosé et rouge, s'inscrit dans cette continuité plutôt que dans l'apparition soudaine d'une nouvelle maison.
De La Chêneraie aux trois couleurs
En 2005, le Clos de la Lune avait déjà trouvé sa place dans le Guide Hachette : ses rédacteurs accordaient deux étoiles au rosé 2003, produit à 10 000 bouteilles, et situaient le vignoble dans les Maures, où la vigne peut jouer un rôle de pare-feu après les incendies. Le domaine parle aujourd'hui de « renaissance » sans lui donner de date précise. La gamme du millésime 2025 offre un point de départ plus concret : blanc, rosé et rouge partagent un nom et un lieu, mais empruntent des chemins différents du raisin au verre.
Le point commun se trouve d'abord dans les vignes, sur les reliefs du massif des Maures. Elles poussent sur des sols de schistes et de granites, sous un climat méditerranéen tempéré par la proximité de la mer ; la Provence viticole ne se résume donc pas ici à une carte postale littorale. La culture suit les principes de l'agriculture biologique, avec une attention revendiquée à la biodiversité et à la limitation des interventions. Ces conditions orientent le travail, mais elles ne dictent pas à elles seules le goût d'un vin : la vendange et les décisions prises en cave comptent tout autant. La vinification se déroule à Saint-Tropez, second lieu d'une histoire ancrée à Cogolin.
Cinq cépages figurent dans le répertoire du Clos : cinsault, grenache, mourvèdre, rolle et syrah. Quatre seulement entrent dans les trois vins 2025 présentés ici ; le mourvèdre, cité parmi les variétés cultivées, n'apparaît dans aucune de ces bouteilles. Le rolle, ou vermentino, porte seul le blanc et se glisse aussi dans le rosé ; le grenache relie rosé et rouge, où la syrah prend l'ascendant. Ces proportions montrent à quel point chacun des trois vins a été pensé séparément.
Le blanc 2025, le rolle sans assemblage
Le blanc 2025 ne doit rien à un assemblage : il est composé à 100 % de rolle, cépage que l'on connaît aussi sous le nom de vermentino. La récolte se fait de nuit et les raisins sont pressés dans l'heure, avant un débourbage à froid et une fermentation conduite entre 15 et 18 °C ; trois soutirages suivent, sans filtration précoce. Ce travail ménagé laisse place à la fois à la netteté du fruit et à une certaine ampleur. Pomelo, fruits blancs et touche florale composent un registre délicat, tandis que la bouche ronde conserve assez de fraîcheur pour ne pas devenir pesante.
À table, nous lui réserverions un bar grillé, accompagné de fenouil doucement braisé et d'un jus réduit à peine relevé de citron. Le poisson donne de la chair à l'accord, le fenouil une résonance végétale, tandis que l'agrume doit rester en retrait pour ne pas écraser les nuances du verre. Servi entre 8 et 10 °C, le blanc trouve ainsi une place de premier plan au repas, là où sa rondeur compte autant que son éclat aromatique. Un carpaccio de Saint-Jacques, plus dépouillé, offrirait une autre lecture de la même cuvée.
Le rosé 2025, la précision derrière la couleur
Le rosé fait dialoguer trois cépages que le Clos répartit avec précision : 50 % de grenache, 40 % de cinsault et 10 % de rolle. Après la vendange de nuit, une macération pelliculaire très brève, d'environ une heure au pressoir, précède le pressurage ; le moût est ensuite débourbé à froid avant une fermentation maîtrisée entre 15 et 18 °C. Les peaux ont ainsi peu de temps pour marquer le vin. Framboise et fraise fraîche dessinent son registre aromatique, tandis que délicatesse, volume et fraîcheur finale coexistent sans se disputer la première place. Cet équilibre, plus que la robe pâle, explique sa capacité à tenir sa place auprès d'un plat.
C'est ici que nous le ferions quitter le rôle automatique d'apéritif. Des langoustines grillées, avec un aïoli au safran servi avec parcimonie, lui donneraient un véritable plat : la douceur du crustacé répond à son fruit, le gril apporte une nuance plus profonde et la sauce reste assez légère pour ne pas prendre toute la place. Une cuisine provençale de légumes rôtis pourrait suivre la même logique. À 8–10 °C, le rosé garde sa tension ; trop glacé, il risquerait au contraire de perdre ce que le travail de l'assemblage cherche précisément à montrer.
Le rouge 2025, de la syrah sans surenchère
Avec 75 % de syrah et 25 % de grenache, le rouge prend une direction plus affirmée, sans chercher à faire de la puissance une fin en soi. Les deux cépages cofermentent ; les remontages, d'abord plus fréquents, sont ensuite espacés avant un décuvage qui intervient avant l'achèvement complet de la fermentation. La fermentation malolactique et une filtration légère complètent ce travail de texture. Dans le registre aromatique du millésime 2025, la mûre et les épices douces accompagnent des tanins souples plutôt qu'une austérité de jeunesse. L'intérêt du vin tient à cette recherche d'équilibre : assez de matière pour tenir une table de viande, sans faire disparaître le fruit sous l'extraction.
Nous l'imaginons avec une selle d'agneau rôtie, des olives noires et quelques branches de romarin, plutôt qu'avec une sauce longue et sucrée. La chair de l'agneau apporte la profondeur nécessaire, tandis que les herbes et l'olive maintiennent l'accord dans le paysage méditerranéen du vin. Une ratatouille concentrée ou des aubergines grillées permettraient d'en proposer une lecture sans viande. La température compte autant que le plat : entre 14 et 16 °C, le rouge devrait conserver sa netteté épicée, alors qu'une pièce trop chaude accentuerait inutilement sa sensation d'alcool.
Trois vins pour un même lieu
Réunis, ces vins 2025 méritent mieux que le réflexe de choisir une bouteille provençale à sa seule couleur. À notre table, le blanc de rolle accompagnerait un poisson, le rosé trouverait sa place auprès des crustacés et le rouge dominé par la syrah rejoindrait l'agneau et les herbes. Ce n'est ni un classement ni un menu imposé, mais une façon de donner à chaque cuvée un plat où ses choix d'élaboration ont une raison d'être. Il en ressort un portrait plus complet de La Chêneraie : une propriété ancienne dont le nom circule aujourd'hui entre trois vins sans effacer leurs différences.
En Belgique, la carte de distribution du Clos indique La Biosphère à Chaumont-Gistoux, Barbavin à La Hulpe et le caviste Franz Tricot à Charleroi ; le domaine renvoie également vers Millésima pour l'achat en ligne. Il n'accueille pas le public au vignoble. Ces adresses sont des points de vente référencés, non une promesse que les trois couleurs et le millésime 2025 y soient disponibles en permanence : un appel préalable évitera le déplacement inutile.
Publicité — collaboration éditoriale avec Clos de la Lune. Verres de dégustation offerts par Zwiesel Glas France.






